dimanche 19 juillet 2009

Du çok güzel turc au ' zav bash ' kurde...

En quittant François, la route devient un chemin rocailleux fortement incliné. Au premier village, personne ne comprend d'ailleurs ce que je fais dans le coin. Les avis divergent quant à savoir s’il est possible d’atteindre la frontière par ici. Je m’informe donc auprès d’un policier. Au fur et à mesure de notre conversation je comprends que ça doit être possible mais que ça risque d’être difficile (on comprend ce qu’on veut bien comprendre). Il écrit alors en géorgien où je compte me rendre. En cas de problème, je n’aurai qu’à montrer ce bout de papier aux éventuels paysans que je rencontre.

Une tasse de café, 3 avis contradictoires et 2km d'ascension plus loin, me voilà au milieu des champs. Si mes chances d’atteindre mon objectif paraissent assez minces, il ne me semble pas utile de faire demi-tour. Le paysage est des plus sympathique et les jambes ne peinent pas trop malgré la rocaille et le dénivelé digne du mur de Huy. Vingt minutes plus tard, me voilà au bord d'un lac où se rafraîchit un berger. Il ne voit que deux possibilités pour rejoindre la frontière : soit retourner sur mes pas (pas terrible comme idée) soit piquer à travers tout. Motivé par la deuxième solution je me lance dans la direction indiquée. Après deux heures de free-style, j’atteins la descente me conduisant à bon port. Ornières, jumps, virages serrés et trajectoires improvisées... je me régale.

Au poste frontière, les douaniers hallucinent en voyant débarquer un cycliste rouge de chaleur recouvert d’herbes et de foin. J’explique alors l’itinéraire que je viens de suivre, ce qui a l’art de détendre l’atmosphère. Me voilà libre comme un oiseau (dixit le douanier) sans devoir passer aucun contrôle.


En Turquie, le ton est directement donné: on n’hésite pas avec les dénivelés, plus ça grimpe mieux c’est, et les orages sonnent le coup de 18h comme les Allah hagbar l’appel à la prière.
Une fois le premier village atteint, on me conduit au bancontact. Je ne suis donc plus contraint de tenir 3 jours avec 1kg de tomates, 500g de pâtes et un pain (ce qui équivaut à 3 repas + un déjeuner). Viens ensuite mon premier çay et ma première discussion footballistique. Je plante la tente sur le versant d’en face et passe la nuit en bonne compagnie ; vu les ossements qui traînent dans le coin, je ne suis sûrement pas le seul à squatter ce bout de forêt.

Le lendemaın, je fais connaissance avec le relief montagneux de l’Anatolie de l’Est. Un paysage si vaste qu’il est difficile à apprivoiser. Il devient même monotone lorsqu’on perçoit la route des kilomètres à l’avance ou que l’on savoure un vent de face trop fréquent ces derniers jours. Néanmoins, il y a toujours un çay, un bbq, un orage ou une pause au bord d’un lac pour revigorer tout ça. Il suffit de traverser un petit village blotti au pied d’une montagne pour être invité à boire un çay ou à participer à une partie de backgammon. Dans les champs, c’est la saison des moissons et de la récolte des tomates (si si). Les bords de routes grouillent donc de partout et les invitatıons fusent également de tous côtés.

Si les litres de thé bus se comptent désormais par dizaines, les turcs n’en n’oublient pas pour autant mon alimentation. Les kebabs en tous genres que l’on m’offre, toujours accompagnés d’une salade, ne me font plus craindre le départ des deux chefs coqs. Je ne suis pas prêt de connaitre les mêmes mésaventures qu’après un mois de régime indien...

En arrivant au pied du mont Ararat, deux itinéraires s’offrent à moi. L’axe principal et, selon ma carte, une petite route de montagne. Je m’apprête à partir sur celle-ci quand le soldat du poste militaire que je viens de franchir (ils pullulent dans cette région frontalière entre l’Arménie et l’Iran) me rappelle à l’ordre. Malgré une pancarte indiquant le pass par lequel je dois passer, les soldats me certifient que la route n’aboutit nulle part. Etonné, je pose une série de questions. Les réponses sont des plus diverses et des plus contradictoires. La route qui n’existe pas devient en travaux, dangereuse, plus longue ou plus difficile que la route principale. Ils termineront par me dire que si je passe par là je risque de ne jamais revenir. Elle serait sous le contrôle des 'terroristes du PKK'.

Ils s’étonnent d'aılleurs fortement de mon choix et se demandent pourquoi je veux absolument passer par là. Alors qu’ils se voient déjà me faire monter dans un camion, je ne sais trop pour quel motif, je m’éclipse par la voie ordinaire. Je n’ai vraiment pas envie de commencer un bras de fer avec des hommes armés surtout qu’il ne me reste qu’une heure de soleil et qu’ils peuvent encore m’interdire de camper dans les parages.

Je plante la tente 10km plus loin sous l’oeil attentif du sommet enneigé du mont Ararat. Ce dernier, du haut de ses 5000m, domine toute la région et me tient encore compagnie durant ma longue et, épisodiquement, pénible ascension du lendemain. Bien que sillonnant à travers les petits villages et les pâturages où gambergent des moutons, je suis fréquemment accosté par des gamins scandant indéfiniment 'hello money, hello money, hello money'. Certains n’hésitent d'ailleurs pas à accompagner leur aboiement de jets de cailloux. Un cocktail qui a le don de m’énerver et qui donne naissance à quelques situations assez tendues... mais qui sera néanmoins vite oublié grâce au paisible paysage du versant opposé.

Pendant les deux derniers jours, je ne fais presque que descendre et boire du cay. Ce qui, dictionnaire à l’appui, me permet d’améliorer ma connaissance du turc. Malheureusement, maintenant que je suis arrivé au coeur du Kurdistan, les heures d’études passées sur mon vélo ne me sont plus d’un grand secours... Je compte donc combler mes lacunes durant mes heures de repos en bordure du lac de Van. Je repartirai ensuite vers la Cappadoce en essayant de suivre au maximum les petites routes. Je me rapprocherai ainsi des bleds perdus d’Anatolie.

A très bientôt
Gaël

7 commentaires:

Unknown a dit…

le fait que vous soyez dispersés n'est pas nécessairement rassurant pour les parents...mais quelle leçon de vie et d'humanité vous nous donnez!
jean et maf grenade

Unknown a dit…

Bon courage cher homonyme :)

Gaël CEH

Christian a dit…

Le récit est toujours aussi sympa à lire et les photos à regarder ! Le mont Ararat dans la brume devait être un vrai régal pour les yeux (comme la plupart des paysages, au vu des photos). Bonne continuation !

Anonyme a dit…

Coucou les enfants ;-) Je voulais juste dire a grinch --> t'as déconné !! WALLS OF JERICHO sur la LAST ARENA c'est autre chose que ton p'ti voyage a bicyclette ;-)
Braaaaa
On a perdu jean lou rivière si par hasard vous le retrouvez prévenez moi ... Plus sérieusement je vous souhaite une bonne continuation. Ici c'est la routine (ou pas) et tout le monde se porte bien.. A bientôt les oiseaux...

Piro a dit…

Yeeeeehaaaaa ! De retour du temple, je prends kan meme le courage de lire tes lignes, besoin de changer de decors ici ... Dour est un endroit dont on reviens vidé ... mais avec un grand sourire apres 20h de recup' ! :D

Salutations ma biche, et au 2 autres puisqu'ils suivent le blog aussi je suppose.

PS : J'ai l'impression ke le réçit est encor plus trippant en solo ... des ossements, le pkk, du freeride ... ;)

Lulu a dit…

Hey hey vieux loup
sympa ce coin de la Turquie nous nous rendons d ailleurs cette nuit avec Lucie au bord du lac de Van
Roland tracass je finirai bien par retrouver le chemin du bruit sur un site empoussiere
bonjour a tout le monde
Adri donne des nouvelles
photos et recits de mes aventures dans un avenir plus ou moins proche
Francois et Lucie depuis Trabzon

FOURNEAU PLX a dit…

"Chacun sa route, chacun son chemin... chacun son rêve, chacun son destin...
Besoin d'air, besoin de liberté...." dit la chanson...

J'ai l'impression que ces paroles ont été écrites pour vous trois....
Et pour tous ceux qui vous lisent, c'est vraiment le
"passe le message à ton voisin!..." que vous faites.

Tenez bon les gars même si c'est vrai que c'était vachement plus rassurant de vous savoir à 3...

On pense à vous de pleins de côtés à la fois!!!

Be et My

PS: une des phrases de cette même chanson... mais qui est moins connue...
"Je me souviens des amis avec qui j'ai grandi...."

A méditer non?....